Présenté comme une révolution de la coordination en santé, le Réseau France Santé ambitionne de garantir à chaque citoyen un accès plus simple, plus rapide et plus équitable aux soins.
Si l’objectif séduit sur le papier, sa mise en œuvre soulève de nombreuses questions et provoque beaucoup des incertitudes et des discussions nourries, tant dans les instances nationales que pour les acteurs du médico-social.
Les Maisons France Santé
Sur le modèle des Maisons France Services, qui regroupent déjà plusieurs services administratifs au sein d’un même lieu, les Maisons France Santé ont pour vocation de rendre l’offre de soins de proximité plus lisible pour les usagers grâce à un guichet unique.
Pour cela, le label France Santé s’appuie sur des structures de proximité existantes et vise un maillage d’au moins 15 structures par département, soit environ 2 000 en 2026 et 5 000 en 2027, pour une importante enveloppe de 130 millions d’euros (environ 50 000 euros par structure).
La labellisation de la première Maison du Réseau France Santé, intervenue fin octobre 2025, marque le lancement concret de ce dispositif sur le territoire et l”ARS Île-de-France a annoncé le 10 décembre 2025 viser 120 labellisation de structures avant le 20 décembre 2025.
Les principales conditions de labellisation sont les suivantes :
- Assurer la présence d’au moins un médecin et une infirmière.
- Proposer des consultations sans dépassement d’honoraires (secteur 1).
- Garantir une ouverture minimale de cinq jours par semaine.
- Participer au Service d’accès aux soins (SAS) afin de permettre des rendez‑vous en moins de 48 heures et de contribuer à la permanence des soins.
- Par exemple : les centres de santé, maisons de santé ou encore les pôles de santé peuvent être concernés par la labellisation.
En parallèle, 151 intercommunalités ont été identifiées comme prioritaires et qualifiées de « zones rouges ». Dans ces dernières, des dispositifs spécifiques sont annoncés, comme des cabinets « solidaires » avec des médecins intervenant en rotation ou des renforts ponctuels de généralistes.
Les Communautés France Santé
Les Communautés France Santé auraient notamment pour missions de :
- Organiser l’accès aux soins non programmés et renforcer la réponse de premier recours.
- Coordonner les acteurs de santé du territoire (libéraux, structures de soins, établissements, médico‑social) autour de projets communs.
- Contribuer à la mise en œuvre du Réseau France Santé et à l’animation des Maisons France Santé dans chaque bassin de vie.
La proposition de transformer les CPTS en communautés France Santé a été abandonnée pour ce vote. Cependant, les négociations avec les CPTS pour conclure un avenant prévoyant les modalités de participation de ces structures au réseau France santé avaient également été abandonnées, menant au dépôt d’un sous-amendement qui “impose” l’ouverture dans les six mois de discussions spécifiques afin de préciser les modalités de soutien des CPTS aux futures structures labellisées.
Les craintes des professionnels de terrain
Malgré les objectifs affichés, le projet suscite de nombreuses interrogations sur le terrain. Plusieurs organisations professionnelles et élus locaux pointent un risque de concurrence entre structures pour l’obtention du label, une possible invisibilisation de dispositifs déjà existants (CPTS, MSP, centres de santé, hôpitaux de proximité) et une impression de pilotage très vertical, recentralisé.
Les professionnels – comme les sénateurs l’avaient déjà fait en retoquant le texte – expriment également la crainte d’un « effet panneau » : un nouveau label très visible, mais sans moyens humains suffisants dans des territoires déjà en tension et avec des objectifs flous ; ainsi qu’une inutile et importante dépense supplémentaire dans un contexte budgétaire tendu.
Pour beaucoup de professionnels, la réussite du Réseau France Santé se jouera aussi avec l’enjeu des « zones rouges » : comment apporter des réponses concrètes et durables dans ces territoires sous‑dotés ?
Un passage sous tension
Le PLFSS (Plan de Financement de la Sécurité Sociale) 2026 a été adopté par l’Assemblée Nationale le 9 décembre 2025, et par le Sénat le 16 décembre 2025.
Le texte a fait l’objet d’une saisie du Conseil Constitutionnel et a été jugé conforme le 30 décembre 2025.
Il est donc en application depuis le 1er janvier 2026.
Si plusieurs structures ont déjà été labellisées France Santé, une grève des médecins est en cours depuis le 5 janvier 2026 pour une durée prévisionnelle d’une dizaine de jours : une situation qui affirme les tensions autour de nombreuses mesures du PLFSS 2026 …
Pour en savoir plus :
- https://www.senat.fr/rap/l25-131-22/l25-131-220.html#toc18 (article 21 bis)
- https://www.iledefrance.ars.sante.fr/lagence-regionale-de-sante-ile-de-france-entame-le-deploiement-du-reseau-france-sante-francilien
- https://www.info.gouv.fr/actualite/france-sante-un-reseau-pour-rapprocher-les-soins-des-francais
- https://www.concourspluripro.fr/exercice-pluriprofessionnel/coordination/les-deputes-retablissent-le-reseau-france-sante-en-depit

